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Saturday, 2 February 2013

Bulletin d'informations du 2 février 2013 en Grèce - #17


1. Bulletin de grèves et mobilisations

En dépit de la réquistion des salariés grévistes du métro d’Athènes décrétée par le gouvernement la semaine dernière, la grève s’est poursuivie toute la semaine dans les transports publiques.

Mercredi matin, une manifestation emmenée par des adhérents du syndicat du Parti Communiste PAME s’est déroulée devant le ministère de l’Emploi. Face au refus du ministre de les rencontrer, les manifestants ont tenté d’occuper symboliquement le bâtiment. La réaction de la police anti-émeute a été particulièrement violente, avec des affrontements au corps-à-corps et l’utilisation de gaz lacrymogènes. Quatre personnes ont été blessées et trente-cinq interpellées. Un groupe de manifestants s’est spontanément immédiatement rassemblé, par solidarité, devant la direction générale de la Police. Une manifestation qui a grossi et s’est poursuivie tard dans la soirée.

Le gouvernement a accusé le Parti Communiste d’avoir envahi le ministère, qui a qualifié ses propos de “ridicules” par la voix de sa secrétaire générale. Pour en juger, elle a notamment invité le gouvernement à regarder et à diffuser la vidéo tournée durant l’événement. Le Parti Communiste a aussi tenu à dénoncer la présence de policiers en civil à l’hôpital “Croix Rouge”, où étaient accueillis les blessés, afin de les identifier.

Syriza a dénoncé, de son côté “la répression excessive du gouvernement”; deux de ses députés ont eux aussi été agressés par la police. Les 35 syndicalistes interpellés ont finalement été maintenus en détention jusqu’au lendemain où ils ont été présenté à un tribunal de flagrant délit chargé de préciser les charges à leur encontre.

Jeudi matin, sur l’élan de la veille au soir, une nouvelle manifestation de solidarité avec les inculpés présentés aux juges s’est tenue devant le tribunal. La date du procès a été fixée au 12 février et les syndicalistes inculpés laissés en liberté. Le Parti Communiste n’a cessé d’accuser le gouvernement de manipulations des preuves et l’ambiance au Parlement s’est tendue, les esprits se sont échauffés ce jeudi matin, entre les députés du Parti Communiste et de Syriza d’un côté, ceux du gouvernement de l’autre. Dans l’après-midi, par solidarité encore, les retraités du train aérien d’Athènes qui ont tenu à occuper symboliquement, quelques minutes seulement, les rails pour protester contre la réquisition des salariés en activité.

Dans d’autres secteurs, mercredi, les enseignants des écoles primaires avaient, eux aussi, organisé une manifestation contre l’intensification des conditions de travail des enseignants remplaçants. À Athènes et à Thessalonique, les élèves des écoles artistiques, manifestaient, quant à eux, contre les coupes budgétaires dans le domaine de l’éducation.

Les agriculteurs ont fait entendre leur colère en tentant de bloquer, face à une forte présence policière, lundi l'autoroute d’Athènes à Thessalonique, et mardi le carrefour routier de Nikaia.

Jeudi encore, les employés du domaine de la santé se sont rassemblés devant le ministère de la Santé pour protester contre les coupes budgétaires. Les médecins, infirmiers et personnels administratifs paramédicaux ont ensuite manifesté jusqu’à Syntagma.

La radio de Sky,enfin, a connu une nouvelle de grève de ses personnels dénonçant les licenciements récents de journalistes.

En conclusion de cette semaine d’agitation sociale, GSEE a appelé à une grève générale le mercredi 20 février autour de trois thèmes : le maintien des conventions collecives, les mesures contre le chômage et l’annulation des réquisitions de salariés.

2. Les funérailles du collaborateur de la dictature, Nikos Dertilis

Jeudi 31 janvier, le collaborateur de la dictature et ex colonel, Nikos Dertilis, a été enterré. Des députés et répresentants de l’Aube Dorée ont assisté à la céremonie, durant laquelle le métropolite Amvrossios n’a pas hésité à saluer en l’ex colonel un “héros, comme Kolokotronis et Socrate”. Alors que certains reprenaient le slogan de la Junte : “Grèce des Grecs chrétiens”, une quinzaine coups de feu ont été tirés, malgré une présence policière dissuasive.

Suite aux tirs, la police a arrêté un suspect de 22 ans. Une perquisition à son domicile a permis à la police de découvrir 21 balles, un coûteau à cran d’arrêt et, selon certaines sources, des tracts de l’Aube Dorée.

3. Yiannis Pretederis : nous avons reçu des instructions pour cacher des élements liés à la viabilité de la dette grecque 
Le commentateur et journaliste d’une grande chaîne de télé, Mega Channel, Yiannis Pretederis, a reconnu voici quelques jours, avoir reçu en 2010, ainsi que ses collègues, l’instruction de cacher des informations liées à la viabilité de la dette grecque. Plus concrètement, de ne pas révéler l’évidence, à savoir que cette dette n’était pas viable. Il n’a pas indiqué de qui ces instructions provenaient, mais la révélation a eu l’effet d’un coup de tonnerre. C’est en effet l’idée que cette dette était viable qui à rendu explicable, qui a justifié l’intervention de la Troïka en Grèce. À l’époque, ceux qui osaient exprimer leurs doutes sur cette viabilité étaient vigoureusement attaqués par les cercles d’analystes et de journalistes en place. Yiannis Pretenderis a fait cette déclaration quelques jours avant une manifestation de journalistes devant la chaîne Mega.

4. VioMet: une usine autogérée

Les ouvriers de VioMet, une usine de métallurgie, vont réaliser le rêve pour laquelle ils luttent depuis des mois : remettre en marche leur usine, abandonnée par l’employeur. Suite à une décision de l’assemblée générale du syndicat, l’usine sera reprise en autogestion.

Cette décision vise à maintenir les emplois (alors que le chômage atteint déjà 30%). Le syndicat rappelle que depuis le mois d’octobre 2011, il demande la création d’une coopérative autogérée par les ouvriers, tout en exigeant que ce statut soit reconnu par la loi pour être reproduit ailleurs.

Le plan proposé a été ignoré par l’Etat et les syndicats officiels, mais a été acueilli avec enthousiasme par les salariés et recueilli de nombreux soutiens, des comités se sont créés pour les soutenir, à Thessalonique d’abord puis un peu partout en Grèce.

Les ouvriers soulignent qu’il est important que d’autres tentatives comme celle-ci soient promues. C’est pour eux la seule manière de faire face au chômage toujours croissant et à l’appauvrissement de la société. Pour mobiliser des salariés d’autres secteurs et partager leur expérience, les salariés de VioMet ont annoncé une manifestation et un rassemblement dans les locaux, de l’usine entre le 10 et le 12 février.

5. FMI: la recette n’est pas bonne, mais on continue

Avec l’application du memorandum, selon les données de l’Autorité Statistique de la Grèce, les foyers grecs ont perdu 4 milliards d’euros en 2012. Au troisième trimestre de l’année dernière, leurs revenus s’élevaient encore à 37,2 milliards, au premier trimestre de de celle-ci, ils ne touchent déjà plus que 33,2 milliards (soit 10,6% de moins). Ces pertes sont dues principalement à la réduction de salaires et des retraites (11,3%), aux baisses des prestations sociales (10,2%), ainsi qu’à l’augmentation de 17,7% des impôts sur le revenu et la propriété.

Pourtant les pionniers de la politique des mémorandum ne pensent même pas à introduire des changements, tout en assumant que la recette est inefficace. Lors d’un entretien à une chaîne française, Christine Lagarde l’a confirmé : “Bien sûr ! Il s’agit d’une erreur d’estimation.” Pourtant elle n’a pas de regrets, pusiqu’à son avis, le mémorandum “a été et est toujours nécessaire”, donc selon elle, juste un peu de patience...

Elle a aussi parlé de fausses projections, puisque les conséquences de l’austérité sur la croissance ont été graves, mais estime que la suite devrait être plus souple. En tout cas, le président de la BCE, Mario Draghi prévoit de la croissance au cours du deuxième semestre de cette année, puisqu’il constate une amélioration de la stabilité financière et des excédents publiques.

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