Creative Commons License This work is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivs 3.0 Unported License.

Tuesday, 11 June 2013

Le procès Vaxevanis: pas de témoins, pas d'avocats? Apparemment, pas de problème.

Traduit par @IrateGreek

Comme nous l'indiquions dans un billet précédent, le nouveau procès de Kostas Vaxevanis, pour avoir publié, en octobre 2012, une liste de plus de 2 000 noms de Grecs détenteurs de comptes en banque en Suisse, mieux connue sous le nom de « liste Lagarde, »  devait avoir lieu le matin du 10 juin 2013 au tribunal d'Athènes. Il a fallu à la cour une heure et demie toute entière, de 9h à 10h30 du matin, et trois conversations privées pendant des suspensions d'audience, pour déterminer qu'en l'absence de deux des trois avocats de la défense, et de trois des quatre témoins de la défense, le procès ne pourrait pas avoir lieu et devrait être reporté.

Plus précisément, lorsque le tribunal s'est réuni, seul l'avocat Haris Oikonomopoulos et le témoin Dimitra Galani étaient présents au palais de justice. Les deux autres avocats, Nikos Konstantopoulos et Vasilis Kapernaros, étaient absents, le premier pour des raisons de santé tandis que le second avait deux autres procès en cours pendant la matinée (pour l'un desquels une escouade forces spéciales anti-terrorisme avait été mobilisée.) Il faut signaler que V. Kapernaros est également député du parti des Grecs indépendants et membre de la commission d'enquête parlementaire pour la liste Lagarde.

Seule la chanteuse Dimitra Galani était présente comme témoin de la défense. La députée Zoé Konstantopoulou, un témoin clé qui siège également au comité d'enquête parlementaire, était en voyage officiel à Tel-Aviv pour enquêter sur un problème lié à la liste Lagarde. Le président du Syndicat des rédacteurs des journaux quotidiens d'Athènes, Dimitris Trimis, était également absent, pour des raisons encore inexpliquées. Quant au quatrième, le président de la Fédération internationale des journalistes, qui avaient témoigné au premier procès de Vaxevanis en novembre 2012, son nom avait disparu de la liste des témoins et il n'avait même pas été invité.

La défense a fait valoir que, non seulement les principaux témoins et les avocats étaient absents, mais aussi que les conclusions de l'enquête sur la liste Lagarde, qui est actuellement en cours au parlement, auront des conséquences importantes pour le cas Vaxevanis, et que le procès devrait être reporté . En outre, les avocats ont souligné que les reports de procès sont une pratique extrêmement courante en Grèce, que l'accusé a le droit d'être représenté par des avocats de son choix, et qu'il n'y a pas de risque de prescription pour encore cinq ans. V. Kapernaros a dû être tiré de son autre procès pour venir au secours de la défense du procès Vaxevanis, car le procureur et les juges avaient l'intention de commencer le procès immédiatement.

La tension est montée quand les juges et le procureur ont insisté pour entamer le procès sur le champ, même si cela signifiait le reporter une fois que le seul témoin disponible avait été entendu. Le procureur a rejeté la demande de report à deux reprises, jusqu'à ce que V. Kapernaros exige qu'elle indique clairement les raisons de ce rejet afin qu'elles soient consignées dans le procès-verbal. H. Oikonomopoulos, de son côté, a déclaré que, si le procès commençait sans la présence de tous les avocats et des témoins, il démissionnerait de son rôle d'avocat de l'accusé, ce qui obligerait le tribunal à commencer le procès sans avocat du tout. Kapernaros, Oikonomopoulos et Vaxavanis lui-même ont ouvertement mis en question les motifs des juges et du procureur, qui insistaient que le procès devrait avoir lieu tout de suite, malgré d'aussi nombreuses irrégularités. Le tribunal a finalement décidé de reporter le procès au 8 Octobre 2013.

Cependant, le tribunal a rejeté la demande de V. Kapernaros que l'acte d'accusation soit revu pour prendre en compte de nouvelles informations qui résultent de l'enquête parlementaire sur la liste Lagarde. Vaxevanis reste donc inculpé d'avoir publié une liste qui aurait été obtenue par écoute électronique, alors que le parlement a déjà reçu la preuve que la liste a été envoyée par le ministre français des finances à son homologue grec par la voie officielle.

Enfin, la cour a imposé une amende de 120 € à Dimitris Trimis pour avoir omis de se présenter aujourd'hui, sans connaître les raisons de son absence. Il est difficile de dire si le président de la Fédération internationale des journalistes sera ré-inclus dans la liste des témoins.

Un dernier point intéressant est l'absence des médias grecs et internationaux de ce procès. Des dizaines de journalistes grecs étaient venus par solidarité au premier procès Vaxevanis, qui avait également suscité l'intérêt des médias internationaux à travers le monde. Cette fois-ci, la salle d'audience était seulement à moitié pleine, et seules quelques équipes internationales se tenaient à l'extérieur du bâtiment 9 du palais de justice d'Athènes. N'eût été l'intervention énergique de V. Kapernaros, Vaxevanis aurait pu être jugé sans témoins, sans avocats, et sans le reste du monde n'y prête la moindre attention.

<<< Billet précédent dans cette série: La liste Lagarde et le procès de Kostas Vaxevanis

No comments:

Post a comment